Le yoga thérapeutique?

Les personnes qui viennent aujourd’hui au yoga cherchent une solution à leurs problèmes et à leurs souffrances. Dans les média, le yoga est souvent réduit au fitness. Dans les réseaux sociaux, on voit les photos de jolies filles souples, mais quand les yogis ont inventé le yoga, c’était pour pouvoir méditer, rester longtemps dans un état méditatif, en profonde écoute de soi. Le yoga apporte un bien-être par le travail du corps et de la respiration, et c’est aussi une riche discipline philosophique alliant le corps et l’esprit.

Les Yoga-Sutras de Patanjali

Le yoga existe depuis 5000 ans, les traces remontant aux textes védiques. Le mot yoga vient de la racine sanscrite « yug » qui veut dire lier, une définition courante du yoga est l’union : l’union du corps et de l’esprit. Le yoga étant à la fois un état et le travail méthodique permettant d’atteindre cet état d’éveil, de santé, de quiétude et de clarté. Le yoga est une connaissance expérimentale et transformatrice.

Le texte de référence du yoga sont les Yoga Sutra de Patanjali, écrit il y a environ 2500 ans. Patanjali, un grand érudit indien, est le premier à avoir écrit sur le yoga, le texte est ardu à lire pour les néophytes, car il nécessite des explications. Patanjali n’a pas inventé le yoga, il a juste -comme il le dit- collecté les informations et techniques du yoga qui existaient avant lui. Il nous offre des solutions, fruit du travail des yogis depuis des millénaires de pratique.

Dans le sutra n°2 des Yoga Sutra, Patanjali donne une définition du yoga : « yogah cittavṛtti nirodhaḥ »: le yoga amène la cessation des activités mentales turbulentes. D’une manière radicale les yogis ont cherché à se libérer de la souffrance humaine inhérente à toute forme de vie sur terre. Patanjali écrit dans le chapitre II, sutra n°15 : « tout est souffrance pour celui qui discerne la réalité ». Même le plaisir est souffrance car il ne dure pas et il est suivi par la souffrance. Cependant le yoga ne mène pas au nihilisme ou au pessimisme. Au contraire le yoga est la voie du discernement, pour reconnaître les causes de la souffrance, appelés les kleshas. Patanjali dans le sutra 3 du chapitre II explique quels sont les 5 kleshas, les 5 causes de la souffrance :

Avidya : l’ignorance
Asmita : l’ego
Raga : le désir, l’attachement
Dvesha : l’aversion, la haine, le refus
Abhinivesha : la peur, la peur de la mort

Nous sommes soumis à l’impermanence de la vie, au malaise existentiel, au conditionnement du passé (« samskara » chapitre I.18, II.15, IV.9). Les Yoga Sutra ont une analyse fine, des causes des souffrances (les kleshas), des obstacles intérieurs (les antaraya) -dont je vais parler plus tard-, des différentes énergies et états du mental (gunas) et des conditionnements du passé (samskara). Une des disciplines du yoga est l’étude de soi, pour reconnaître ce qui nous détermine. Donc devenir conscient de nos conditionnements, afin de nous en affranchir. Atteindre la clairvoyance et le discernement sur soi-même et ultimement atteindre l’état de samadhi, voie d’harmonie avec soi et l’univers.

Comment fonctionne le yoga?

Tout d’abord il faut expérimenter le yoga, cela s’apprend avec un professeur, pas dans un livre ou un DVD. Il faut alors trouver un bon professeur: il est à l’écoute et il sait s’adapter à chaque personne. Le yoga est une démarche progressive, une méthode, un ensemble de postures (les asanas), de respiration (le pranayama), de relaxation, de visualisation et de méditation. Le but du yoga étant la concentration et la méditation. La science de la respiration, est très poussée dans le yoga. Les yogis ont passé des millénaires à observer le souffle et son effet sur le corps, les émotions et son lien à l’esprit.

Il y a aussi tout un enseignement philosophique -qui ne se fait pas en cours collectifs de yoga- mais pendant des stages et des formations. Il faut savoir que l’enseignement moderne du yoga diffère radicalement de l’enseignement traditionnel qui se faisait à deux, de maître à élève.

La yoga thérapie pourrait se rapprocher de cette méthode traditionnelle d’enseignement car cela se passe en séance individuelle. La différence entre le yoga et la yoga thérapie, c’est que la personne vient avec une demande, un objectif. La yoga thérapie s’adresse aux personnes avec un problème spécifique qu’il soit physique, émotionnel ou mental. Aucun pré-requis en yoga n’est demandé, le yoga thérapeute s’adapte à la personne qui commence là où elle se trouve et elle progresse à son rythme.

Lors de la 1e séance, il y a systématiquement un bilan de la personne à plusieurs niveaux et à partir de cela, une pratique spécifique lui est consacrée par rapport à sa morphologie, son énergie, son état d’esprit et à son objectif. Le but de la yoga thérapie est de responsabiliser la personne qui choisit le temps de pratique qu’elle effectuera le plus régulièrement possible par elle-même. L’accompagnement se fait sur le long terme, les séances sont réparties sur plusieurs mois, la pratique est modifiée et réajustée à chaque fois.

Les personnes qui viennent me voir ont le plus souvent des problèmes de dos, de mal de dos, sciatiques, lombalgies. Ensuite, viennent souvent des problèmes de posture, d’articulations, mais aussi des problèmes de sommeil, de digestion, d’hypertension, de fatigue, de stress, d’anxiété, de déconnection du corps, de dépression. Les cas de douleurs de dos montrent que les douleurs deviennent handicapantes même en prenant des médicaments, cela va ensuite entamer leur énergie, leur sommeil, leur mental et avoir des répercussions sur leurs vies. Si déjà le yoga peut les aider à soulager leurs douleurs, à retrouver un bien-être, cela va leur permettre de travailler sur d’autres aspects et d’agir en profondeur. On pense souvent que l’esprit agit sur le corps mais le corps agit aussi également sur l’esprit. Les tensions physiques, émotionnelles, mentales vont s’apaiser, l’effet est à l’image d’une eau troublée qui petit à petit va s’éclaircir pour laisser voir le fond de l’eau et la cause du problème. Quelque part le yoga est un parfait moyen de commencer un travail thérapeutique sur soi-même. Voir plus clair, discerner… En séance individuelle, il est possible, de recueillir la parole de l’élève, ses ressentis, quels sont ses éprouvés, ses affects, et de les élaborer.

Yoga et psychologie

Le yoga est la recherche de l’équilibre, de l’équanimité. Les pathologies mentales sont considérées comme un déséquilibre. Le yoga a un concept unique de l’équilibre avec les gunas qui sont trois énergies essentielles dans toute forme de vie (Patanjali sutra n°15 chapitre 2) :

Sattva : l’équilibre, la pureté, la vérité > maintenir l’équilibre
Rajas : l’énergie, l’excitation, le désir > être dans l’action
Tamas : la lourdeur, l’inertie, l’obscurité > être dans l’inaction

Ces trois guṇas, s’entremêlent sans cesse dans la nature mais aussi dans notre corps et notre esprit. Le but du yoga est d’atteindre l’état sattvique, l’équilibre, entre ces forces rajasiques et tamasiques en nous. A ces gunas qui perturbent la personne, Patanjali ajoute des freins à la pratique du yoga, ce sont des obstacles à l’évolution d’un sujet. Dans le sutra 30 chapitre 1, il désigne 9 obstacles (antaraya), dont je vais vous en citer quelques-uns : la maladie, la dépression, l’inertie, le déséquilibre mental, la folie, l’erreur de jugement, l’illusion et l’inconstance. Ces 9 obstacles engendrent toute une gamme de perturbations. Et le yoga est comme sa définition l’indique : la cessation des activités mentales turbulentes.

Il y a eu des études, surtout aux Etats-Unis et en Inde démontrant les bienfaits du yoga pour gérer le stress, les insomnies, l’anxiété et la dépression. L’armée américaine recommande la yoga thérapie pour les vétérans souffrant de PTSD, syndrômes post-traumatiques. Il y a notamment une étude en Inde faite par des psychiatres dans l’institut NIMHANS où ils ont pris 2 groupes de schizophrènes : à l’un ils ont fait faire de la yoga thérapie et à l’autre des exercices simples. Ils ont constaté des résultats sur les symptômes, sur les capacités de fonctionnement, et ont montré une meilleure qualité de vie, nettement supérieure pour ceux qui ont fait de la yoga thérapie, sans avoir d’effets secondaires, comme avec les traitements médicamenteux. Puis ils ont fait une autre étude similiare avec trois groupes de 40 personnes dont le 3e groupe était placebo. Le yoga a eu le plus d’effets en général. Le nombre de jours de pratique est important : plus c’est régulier et sur une longue période, plus cela apporte des effets. Le taux de cortisol (stress) est réduit, la plasticité du cerveau (mesurée sur des images) change : sur la matière grise, la mémoire et l’hippocampe, les neurones miroirs augmentent, il y a aussi des effets sur le taux de GABA et d’oxytocin.

Dans les institutions spécialisées, il y a des pratiques corporelles car la pratique du yoga est recommandée pour ceux qui n’ont pas accès au dire, à la parole pour exprimer leurs symptômes et leurs ressentis. Le yoga agit à plusieurs niveaux: il régule le système nerveux et le système endocrinien, il apprend la conscience du corps en douceur, il ramène un sentiment de sécurité, il permet de ré-habiter son corps, et il crée une nouvelle image de soi. Ainsi il amène une nouvelle manière d’exister et de se sentir exister « au monde », dans la relation avec soi et avec l’autre.

Article par Liza Mai, professeur de yoga certifiée 1000h par la Yoga Alliance et yoga thérapeute certifiée par la IAYT (Association Internationale de Yoga Thérapie), également formée en psychologie clinique à l’Université Paris 7. Vous pouvez demander plus d’informations pour des séances individuelles de yoga thérapie et pour suivre la formation de yoga thérapie avec Liza Mai.

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